Exercer le Droit en Groupe en RDC : Guide Complet de la Société Civile d’Avocats
L’exercice de la profession d’avocat en République Démocratique du Congo connaît une mutation profonde. Face à la complexité des affaires, l’exercice individuel cède progressivement la place à l’exercice en groupe. Cependant, contrairement aux entreprises commerciales, les cabinets d’avocats sont régis par un régime juridique spécifique : la Société Civile d’Avocats. Cet article décrypte les fondements légaux issus des décrets de 1887 et 1912, ainsi que les formalités modernes auprès du Guichet Unique.
I. Les Fondements Historiques et Légaux (1887 & 1912)
En RDC, le droit des sociétés est dualiste. Si l’Acte Uniforme de l’OHADA régit les sociétés commerciales, les sociétés civiles restent ancrées dans le droit civil congolais.
– Le Décret du 27 février 1887 : Bien qu’initialement conçu pour les sociétés commerciales, ce texte pose le principe fondamental de la personnalité juridique. Il définit qu’une entité peut avoir des droits et des obligations distincts de ses membres.
– Le Décret du 4 mai 1912 : C’est le texte « passerelle ». Il stipule expressément que les dispositions du décret de 1887 sont applicables aux sociétés civiles. C’est sur cette base juridique que les avocats congolais s’associent pour donner naissance à une personne morale capable de contracter, de posséder un patrimoine et de recruter du personnel.
– Note juridique : La société civile n’est pas « commerciale par la forme ». Son objet est civil par nature, ce qui signifie qu’elle ne peut accomplir des actes de commerce à titre principal.
II. Caractéristiques de la Société Civile d’Avocats
La constitution d’une telle société repose sur deux piliers majeurs :
-
L’Intuitu Personae : L’association est basée sur la confiance mutuelle. Les parts sociales ne sont pas librement cessibles à des tiers sans le consentement des autres associés.
- La Responsabilité des Associés : Contrairement à une SARL, les associés d’une société civile d’avocats répondent de manière indéfinie des dettes sociales (proportionnellement à leur part dans le capital), bien que cette responsabilité ne soit généralement pas solidaire, sauf mention contraire dans les statuts.
III. Le Registre des Sociétés Civiles et le Guichet Unique (GUCE)
Depuis la mise en place du Guichet Unique de Création d’Entreprise (GUCE), les formalités ont été centralisées pour améliorer le climat des affaires.
1. Qu’est-ce que le Registre des Sociétés Civiles ?
Il s’agit du registre spécifique (distinct du RCCM réservé aux commerçants) où sont répertoriées les professions libérales et les associations civiles à but lucratif. L’immatriculation à ce registre confère officiellement la personnalité morale au cabinet.
2. Les étapes de création au Guichet Unique :
Pour qu’un cabinet d’avocats soit légalement reconnu par l’État congolais, il doit obtenir au GUCE :
-
L’immatriculation au Registre des Sociétés Civiles ;
-
Le Numéro d’Identification Nationale (ID. NAT) ;
-
Le Numéro Impôt.
3. Le rôle de l’Ordre des Avocats
Il est important de préciser qu’avant tout passage au Guichet Unique, les statuts de la société civile d’avocats doivent être soumis au Conseil de l’Ordre du Barreau compétent. Le Bâtonnier vérifie que les clauses des statuts respectent la déontologie professionnelle et l’indépendance de l’avocat.
Ce rôle du conseil de l’ordre devrait être accentué en pratique compte tenu du nombre croissant des cabinets d’avocats et des nouveaux avocats qui prêtent serment chaque année.
Conclusion
Maîtriser la transition vers une société civile est un atout stratégique pour tout avocat en RDC. En s’appuyant sur les décrets de 1887 et 1912 tout en respectant les formalités du Guichet Unique, les professionnels du droit sécurisent leur pratique et offrent une structure pérenne à leurs clients.
Cet article vous a été utile ?
Les articles publiés sur le site maxencekiyana.com sont librement accessibles au public. En revanche, tout avis ou conseil juridique personnalisé constitue une consultation professionnelle et est, à ce titre, soumis à honoraires.
Me Maxence Kiyana



Laisser un commentaire