Le Cœur, Miroir de l’Homme : Du Jugement d’Anubis au Sacré-Cœur de Jésus
Célébré le troisième dimanche après la Pentecôte, le Sacré-Cœur de Jésus revêt une dimension spirituelle universelle. Mais saviez-vous que la symbolique du cœur trouve un écho d’une profondeur inouïe dans les traditions africaines, de l’Égypte antique aux cultures subsahariennes?
Dans sa vibrante homélie prononcée à Kimwenza, le Père Luka Lusala lu ne Nkuka, SJ, nous invite à un voyage théologique et anthropologique fascinant. Il met en lumière la centralité du cœur pour diagnostiquer les maux de notre époque et nous guider vers une véritable libération spirituelle.
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1. La centralité du cœur : de l’Égypte antique à la sagesse africaine
Dans les sociétés africaines, le cœur n’est pas un simple organe ; il occupe une place absolument centrale.
La « boîte noire » des anciens Égyptiens
Chez les anciens Égyptiens, le jugement des morts était représenté par la pesée du cœur sur une balance. On vérifiait alors si l’homme avait vécu selon la justice et la vérité. Le cœur était ainsi considéré comme :
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La mémoire de l’homme.
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La boîte noire de son existence.
- La demeure de Dieu : dans un hymne au soleil, le pharaon Akhnaton s’adressait à Dieu en disant : « iw.k m ib.i , Tu es dans mon cœur ».
Le saviez-vous ? Dans la langue de l’Égypte ancienne, le mot nfr (qui signifie beauté, bonté, perfection) s’écrit littéralement avec le dessin d’un cœur surmonté de la trachée-artère! Ra (Dieu) est celui qui vit dans cette vérité, cette justice et cette beauté.
« Omurhima ye muntu »
Cette vision traverse les âges et les régions. Chez les Bashi (RDC), un proverbe bien connu dit : « Omurhima ye muntu », ce qui signifie littéralement « Le cœur, c’est l’homme ». En clair, tout ce qui définit un être humain se trouve concentré dans son cœur.
2. Le diagnostic spirituel : les 3 esclavages du cœur moderne
Si le cœur est le siège de notre être, quel est son état aujourd’hui? Le constat est lucide : nous vivons souvent dans des situations d’esclavage intérieur dont le Seigneur souhaite nous libérer, à l’image du peuple d’Israël autrefois délivré de la main de Pharaon.
L’homélie identifie trois grands esclavages modernes:
A) L’esclavage du manque d’amour
Il arrive un moment où l’usure du quotidien dessèche les cœurs. On a su aimer, mais on n’y arrive plus. Les tensions s’installent dans le couple, la présence des enfants donne des « maux de tête », et la famille élargie ou les collègues deviennent des fardeaux.
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Le remède de Saint Jean : Dans sa première épître, l’apôtre Jean nous rappelle : « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu ». C’est en aimant concrètement que Dieu demeure en nous.
B) L’esclavage de l’infidélité
Sous prétexte de s’émanciper ou de suivre « les désirs de son cœur », l’homme moderne tombe facilement dans la logique du « Je m’en fous ». On oublie les promesses, on piétine les vœux et les engagements sacrés. Le résultat ? Une crise de confiance généralisée et le rejet mutuel.
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Le remède de Moïse : Pour guérir, nous devons contempler la fidélité de Dieu. Comme le rappelle le Deutéronome : « Le Seigneur votre Dieu est le vrai Dieu, le Dieu fidèle qui garde son alliance ». Être pleinement homme ou femme, c’est être capable de tenir parole.
C) L’esclavage de l’orgueil
Avec le temps ou le succès, notre « moi » grossit. Nous perdons la simplicité, la douceur et le regard pur, regardant les autres d’en haut ou avec dédain.
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Le remède de l’Évangile : Jésus nous appelle à l’humilité en louant le Père d’avoir caché ses mystères aux sages et aux savants pour les révéler aux « tout-petits ». Dieu ne choisit pas les plus puissants, mais les plus petits.
3. Le Christ et l’Église : notre seule nourriture
Pour opérer cette transition du cœur esclave au cœur libre, nous ne sommes pas seuls. L’homélie s’appuie ici sur la sagesse des traditions congolaises pour nous orienter vers la bonne source.
Les Bakongo enseignent : « Ki kidia ngudi nkombo, ki kidia mwana nkombo » (Ce que mange la chèvre, c’est ce que mange le chevreau). C’est une invitation stricte à ne pas se nourrir chez n’importe qui, mais auprès de sa mère. Les Bashi confirment cette vérité : « Elle a beau malaxer en plein jour, elle ne peut être ta mère ».
En tant que chrétiens, notre unique Mère spirituelle est l’Église. C’est elle qui nous détourne des idoles pour nous offrir la seule nourriture capable de rassasier notre âme : le Christ, pain rompu pour un monde nouveau.
Conclusion : Répondre à l’appel du Sacré-Cœur
Le Sacré-Cœur de Jésus n’est pas une dévotion passive. C’est une invitation pressante à venir déposer nos fardeaux auprès de Celui qui guérit.
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur. » (Matthieu 11, 29-30).
En ce temps de grâce, tournons-nous vers le Seigneur et demandons, par l’intercession de cette liturgie, trois grâces essentielles pour transformer nos vies : la fidélité, l’humilité et l’amour.
Tiré de l’homélie du Père Luka Lusala lu ne Nkuka, SJ (Kimwenza, 2026). Publié sur maxencekiyana.com
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Me Maxence Kiyana



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